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Lyon-Charbonnières – Présentation  7 avril 2003

Un deuxième coup d’envoi !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la saison a bien commencé pour Simon. Sur des terrains aussi différents que l’asphalte enneigé du Monte-Carlo ou la terre cassante de Turquie, le Martiniquais a brillé lors de ses deux premières courses 2003. A chaque fois, il a remporté la classe A6 avec une avance significative.

Ce week-end, les compteurs seront remis à zéro avec la première manche du Championnat de France Super 1600. Enrôlé dans l’équipe officielle Renault, Simon attend beaucoup de ce premier rendez-vous : « Les deux premières courses du Championnat du Monde se sont bien passées, mais c’est un exercice complètement différent qui nous attend à Lyon ! Faire partie de l’équipe construite par Renault pour son retour en rallye est une fierté. C’est la première fois qu’un constructeur me confie une voiture pour un Championnat complet, alors je suis plus motivé et plus déterminé que jamais. Renault ne revient pas pour faire de la figuration, mais pour gagner. Ca tombe bien, c’est aussi mon objectif ! J’ai fait plusieurs podiums en Championnat de France l’an passé. Cette année, je veux des victoires et pourquoi pas le titre… »

Pour gagner, il va falloir devancer une sacrée brochette de pilotes. A commencer par Brice Tirabassi, le Champion en titre… qui sera l’équipier de Simon sur la seconde Renault officielle. Il y aura également d’autres Clio, comme celles de Bérenguer, Véricel, Guigou, Pressac ou Beuron. L’adversaire le plus farouche du Losange sera certainement le Lion. Cédric Robert et Bryan Bouffier seront les pilotes des 206 officielles. Et du côté du Double Chevron, la paire constituée de Noël Tron et Marc Amourette s’annonce redoutable.

Heureusement, Simon sait qu’il a de nombreux atouts dans son jeu : « Je fais partie d’une équipe officielle, et cela change beaucoup de choses par rapport à un programme privé. Je n’ai plus à m’occuper de détails annexes à la course. Mon seul rôle, c’est de piloter ! La Clio a évolué pendant l’hiver et les essais que nous avons effectués en vue du Charbo me rendent optimiste. Quant à l’équipe Oreca, elle a démontré au Monte-Carlo et en Turquie ses capacités. Nous avons un package très fort. »

A l’issue des reconnaissances, Simon est enthousiaste… et impatient d’être au départ : « Je crois que les spectateurs vont assister à quelque chose de grandiose. Les spéciales des Monts du Lyonnais et du Beaujolais sont très belles et adaptées aux Super 1600. Il y a beaucoup de passages rapides, avec de grandes courbes sur le fil du rasoir. Les écarts vont être très faibles, de l’ordre d’un dixième au kilomètre. Toute erreur sera rédhibitoire et la course ne sera pas gagnée avant l’arrivée… »

Magazine  12 mars 2003

Les bonnes notes de Jack Boyère (3)

« Les notes sont prises sur un cahier spécifique à spirale d’environ 150 pages. Le format n’est pas trop grand pour gagner de la place et du poids. La spirale est démontable afin de pouvoir enlever ou insérer des pages, ce qui est très pratique quand une épreuve est modifiée d’une année sur l’autre. Le papier est d’une bonne qualité, de sorte à résister aux conditions difficiles d’utilisation : multiples consultations, poussière, pluie, chaleur…

Pour écrire, j’emploie une série de porte-mines calibrées à 0,99 mm. J’emploie une dureté moyenne HB. Plus dure, la mine n’offre pas assez de contraste. Plus grasse, elle a tendance à noircir les pages du cahier. Terminons par la gomme, de marque « Staedler ». Elles sont de mon avis de dessinateur industriel de formation les seules dignes de ce nom !

L’écriture des notes est quelque chose de propre à chaque copilote même s’il existe certaines similitudes. Cela consiste en une sorte de sténographie relatant les informations dont le pilote a besoin. La forme sous laquelle elle sont écrites doit permettre une lecture la plus claire possible en ne demandant aucun effort d’interprétation de la part du copilote. Des notes écrites par un copilote sont très souvent difficilement exploitables à 100% par un autre copilote.

Les notes sont donc écrites au crayon à papier dans des caractères assez gros pour une bonne relecture. On note environ entre 600 m et 1 km par page en fonction du profil des épreuves chronométrées. On a pour habitude d’écrire uniquement au recto de chaque page.

Chaque page est numérotée de manière progressive (bas de page) et dégressive (haut de page) de sorte à estimer, à tout moment lors du déroulement d’une épreuve, la distance restant à parcourir.

Il convient de ne pas finir une page par une note de virage très rapide suivie sur la page suivante par la note d’un virage lent. En effet dans ce cas on s’expose à ne pas avoir le temps de tourner la page avant d’aborder le virage lent. La sortie de route n’est pas loin ! Je prends soin également de noter les deux virages suivant la ligne d’arrivée de sorte à ne pas se faire piéger par ceux ci car l’arrivée est jugée lancée. »

Vous avez tout compris ? Alors entraînez-vous avec deux pages de vraies notes !

Magazine  6 mars 2003

Les bonnes notes de Jack Boyère (2)

« D’un virage à un autre, il y a… une ligne droite ! Les distances, exprimées en mètres, doivent être précises. Pour cela, nous utilisons un compteur kilométrique digital – le Coralba – en reconnaissances. Avec l’habitude, nous ne le regardons pas systématiquement pour les courtes distances. En course, Simon peut avoir recours à ce compteur en cas de brouillard. Il a un bouton sur le volant qui lui permet de le remettre à zéro en sortie de virage. Il sait ainsi précisément quand il doit freiner. A ce propos, les freinages très appuyés sont soulignés dans les notes par le mot ‘frein’.

Passons aux enchaînements, qui sont essentiels en rallye. Il est courant qu’un virage soit plus ou moins suivi d’un autre. Si Simon a le temps de remettre le volant droit un court instant entre les deux courbes, l’enchaînement sera noté ‘pour’. Par exemple, on peut avoir un ‘Gauche à fond frein pour droite 75+’. Si les deux virages sont l’un sur l’autre, on emploiera alors le mot ‘sur’. Si l’enchaînement est encore plus rapide, on passera à la note ‘dans’. Dans ce dernier cas, on peut insérer une note de distance pour attirer l’attention sur un gros ralentissement : ‘Droite à fond dans 50 mètres gauche épingle’.

En ce qui concerne le relief, les bosses viennent immédiatement à l’esprit. Pourtant, ce n’est pas une note très employée, à l’exception des bossent qui « jettent ». Il y a plus de ‘ciels’, qui sont des sommets de côte cachant la visibilité. La note ‘piège’ revient très souvent… et pour de multiples raisons. Simon l’utilise pour tout ce qui est caché par la végétation ou le relief. Il s’en sert également quand l’environnement naturel pourrait inciter à prendre une mauvaise direction.

Bien entendu, il nous arrive souvent de noter le revêtement de la route. Quand c’est glissant, c’est noté ‘pas bon’. On peut avoir des variantes, comme ‘sale’ quand le virage est sec, ou ‘gras’ quand c’est humide. Certaines parties peuvent aussi être notées ‘léger gravier’, voire ‘maxi gravier’ ! Et quand il n’y a que l’emplacement des roues qui est propre, on pourra employer ‘rail gravier’ ou ‘rail sale’.

Vous savez maintenant presque tout ! Le système de Simon est assez simple, c’est pour cela qu’il n’a pas besoin de beaucoup de passages en reconnaissances pour être performant. Si le passage de prise de notes se passe bien, il n’y a presque pas de corrections à apporter au deuxième tour. La physionomie actuelle des rallyes, qui tend à limiter les reconnaissances, est donc bien adaptée à Simon. Deux passages en Mondial lui conviennent très bien. En Championnat de France, nous avons droit à un troisième passage sur asphalte qui nous donne un petit confort. Nous corrigeons toujours quelques notes pendant les spéciales, ce qui est normal compte tenu de la différence de rythme. C’est pour cela que Simon est toujours très performant en début de rallye. »

Turquie – Arrivée  2 mars 2003

Simon fort comme un turc !

La troisième et dernière étape du Rallye de Turquie se composait de cinq spéciales. La plupart des routes ayant déjà été empruntées au cours des deux premières journées, de nombreux « rails » s’étaient formés, rendant le parcours encore plus difficile.

Avec sept minutes d’avance ce matin, Simon Jean-Joseph était clair quant à sa stratégie : « Il ne sera pas possible de me rattraper à la régulière. Je vais donc rouler sur un rythme moins soutenu qu’hier, pour préserver la mécanique. La Clio a déjà beaucoup souffert et je tiens à rallier l’arrivée en tête ! »

Effectivement, Simon concède une trentaine de secondes lors des deux premières spéciales… avant de signer le meilleur temps dans l’ES16 : « C’était un peu plus roulant, alors j’ai pu attaquer. Cela permet de se faire plaisir ! »

Mais les deux dernières spéciales ne sont pas synonymes de plaisir pour Simon : « Une pierre a du sectionner un tuyau de direction assistée au milieu de l’ES17. Je me suis retrouvé au volant d’un véritable camion ! C’était très difficile, surtout dans les parties sinueuses. J’ai perdu plus de deux minutes, mais ce n’était pas grave compte tenu de notre avance. » En effet, le Martiniquais rentrait en vainqueur à Antalya…

En dix-huit spéciales, Simon a signé douze meilleurs temps, trois deuxièmes et un troisième chrono. Cette domination sans partage lui permet de tirer un bilan très positif de cette épreuve : « Je me suis fait un joli cadeau pour mon vingtième rallye de Championnat du Monde ! Je suis très heureux de faire briller une nouvelle fois les couleurs de la Martinique. Grâce au travail que nous avons entrepris depuis le début de l’année, nous disposons désormais d’une Clio aussi fiable que performante. Ensuite, il ne fallait pas faire de faute sur les spéciales, ce que Jack et moi avons su faire. J’apprécie particulièrement ce pilotage en improvisation. »

La saison mondiale va maintenant être mise entre parenthèses jusqu’au mois de juin. En attendant le Rallye de Grèce, Simon va s’attaquer au Championnat de France, qui débutera le 10 avril au Lyon-Charbonnières : « Ce sera un exercice très différent du Championnat du Monde. Sur un rallye comme la Turquie, il est possible de perdre une minute dans une spéciale… et de s’imposer tout de même ! En Championnat de France c’est impossible : c’est un véritable sprint où la moindre seconde perdue ne se récupère pas. Mais j’aime relever les challenges, et je vais tout faire pour obtenir de très bons résultats sur le plan national. »

Turquie – Etape 2  1 mars 2003

Copie parfaite pour Simon !

La journée débute par les 20 km de la spéciale d’Olympos. La route est sèche, mais on trouve encore de la glace en altitude. Après une nuit réparatrice, Simon a oublié son coup de froid de la veille : il signe d’emblée le meilleur temps, reléguant ses poursuivants à plus d’une seconde au kilomètre !

Ce n’est que le début d’un festival du pilote de la Renault Clio Super 1600. A nouveau meilleur temps dans la longue spéciale de Kumluca, le Martiniquais rentre à l’assistance avec deux minutes d’avance sur Daniel Carlsson : « C’est toujours très difficile. Les routes sont parsemées de gros cailloux… et on ne sait jamais sur quoi on va tomber. C’est de l’improvisation permanente ! J’essaie de faire de mon mieux, d’appliquer ce que me dit Jack pour faire de bons chronos sans trop solliciter la voiture. »

La course reprend avec une boucle de trois spéciales. A nouveau, Simon signe trois meilleurs temps malgré un problème peu habituel dans l’ES11 : « J’avais ouvert ma vitre sur le parcours de liaison, mais elle est restée bloquée et je n’ai pas pu la remonter avant le départ. J’ai conduit comme j’ai pu, en composant avec le froid et la poussière. C’était difficile, surtout quand nous avons rattrapé un concurrent ! »

A l’assistance, l’équipe Oreca résout le problème. Simon peut partir à l’assaut des deux dernières spéciales, identiques aux deux premières du jour. Plus rapide d’une seconde au kilomètre que ses adversaires, le pilote antillais accentue encore son avance ! Il boucle la deuxième étape avec une confortable marge de sept minutes sur le Finlandais Katajamaki. Carlsson a en effet été retardé par des problèmes mécaniques.

Malgré cette confortable avance, Simon ne veut pas crier victoire trop vite : « Je suis tout d’abord satisfait de cette journée : ce n’est pas tous les jours qu’on réalise tous les meilleurs temps. Je voulais souligner la qualité des pneus Michelin, qui souffrent le martyre dans ces conditions. Nous n’avons pas eu à déplorer de crevaison et j’espère qu’il en sera de même demain. Il me reste six enveloppes neuves pour les cinq spéciales de la troisième étape. Je vais avant tout chercher à gérer mon avance lors de cette dernière journée. Ce n’est pas le plus facile car il faut tout de même rester concentré. »

Des 60 équipages partis d’Antalya jeudi soir, il n’en reste plus que 28 ce soir. Incontestablement, ce premier Rallye de Turquie se déroule dans des conditions très difficiles. Les voitures sont soumises à un traitement des plus cruels sur les routes montagneuses… et ce n’est pas terminé ! Demain, il reste cinq spéciales totalisant près de 90 km à parcourir.