Interview  3 décembre 2003

L’avenir avec un losange

Quel est ton sentiment, une semaine après avoir remporté ce titre ?
« C’est une grande fierté qui vient récompenser une année de travail acharné. A chaque course, j’ai du puiser dans mes ressources pour aller chercher les derniers dixièmes. Il n’y a pas eu de moment facile, je n’ai jamais cessé de travailler pour progresser. J’avais la chance de disposer de la meilleure voiture du moment, préparée par la meilleure équipe. J’ai disputé seize rallyes au volant de la Clio et j’ai été quinze fois à l’arrivée : un taux de réussite incroyable ! Comme je l’ai toujours dit, ce titre n’était pas une obsession pour moi mais il vient apporter la touche finale à une saison exceptionnelle. »

Tu prends quand même le temps de le savourer ?
« Bien entendu ! Je le partage avec tout le Clio Team. Ensemble, nous avons vécu une formidable aventure humaine et sportive. Et je n’oublie pas tous les amis, partenaires et supporters qui me soutiennent depuis des années. En une semaine, j’ai reçu des dizaines de coups de téléphone, d’e-mails et de SMS. Tous ces témoignages de sympathie me touchent vraiment et me font prendre conscience de l’impact d’un tel titre. J’ai ressenti une grande fierté de tous les Antillais, qu’ils soient passionnés ou pas par le sport automobile. Ce n’est plus « Simon a gagné » mais « On a gagné » ! Je pourrai jauger cet impact dans quelques jours, puisque je vais passer une semaine en Martinique et en Guadeloupe. »

La question que tout le monde se pose concerne ton avenir. Que feras-tu en 2004 ?
« En parfait accord avec Renault et mes partenaires, j’ai tout mis en oeuvre pour préparer mon retour en WRC. Tout se présentait pour le mieux cet été : des contacts avancés avaient été initiés avec plusieurs équipes. Deux m’ont notamment proposé des programmes très bien garnis pour 2004. J’ai finalement signé un contrat ferme de troisième pilote avec un constructeur. Début septembre, le Conseil mondial de la FIA modifiait le règlement en limitant le nombre de voitures officielles à deux par constructeur. En dépit de mes efforts pour concrétiser cette aventure en WRC, aucune solution n’a été trouvée dans les délais que je m’étais fixés. Je le regrette, car pour moi la parole donnée a plus d’importance qu’un contrat. Je ne serai donc pas en WRC l’an prochain. C’est une immense déception et surtout une grande frustration. »

Tu vas donc poursuivre ton aventure avec Renault ?
« Je tiens à souligner le « fair-play » de Renault Sport. C’est un honneur que d’avoir la confiance renouvelée d’un des plus grands constructeurs mondiaux et je suis très heureux de poursuivre ma carrière au sein d’une équipe que je connais maintenant très bien. Même si je ne sais pas encore exactement quel sera mon programme 2004, je suis certain que nous avons de beaux challenges à relever avec la Clio Super 1600. Je m’y emploierai avec le même enthousiasme que ces deux dernières saisons. »

Outre le fait d’être le premier concerné par les changements de réglementation, que penses-tu de l’orientation donnée au WRC par la FIA ?
« Très franchement j’ai l’impression que le pouvoir sportif souhaite stopper la progression du WRC. Depuis quelques années, ce championnat connaissait une certaine stabilité en matière de réglementation, de format de rallye et d’engagements constructeurs. Ainsi, avec quatorze manches et sept constructeurs engagés, on pouvait tabler sur une vingtaine de voitures officielles au départ de chaque manche. Or, l’augmentation du nombre d’épreuves à seize met en péril l’équilibre budgétaire de certaines équipes. Elles ne seront plus que cinq en 2004. De plus, en limitant le nombre de voitures à deux par équipe, le plateau ne comptera que dix autos la saison prochaine. De mon point de vue de pilote, cela limitera un peu plus encore les débouchés pour accéder au plus haut niveau. Je crains en outre que ces modifications aient des conséquences néfastes en terme d’investissement marketing, de couverture médiatique et de retombées économiques pour tous les acteurs du WRC. En tirant le système vers le bas, je ne vois pas comment de nouveaux constructeurs, sponsors et médias pourraient s’intéresser à l’avenir à la discipline.»

Penses-tu avoir encore un avenir en Championnat du Monde ?
« J’ai disputé 26 épreuves du WRC et je pense avoir démontré ma fiabilité et ma pointe de vitesse. Depuis deux ans, je devance largement à voiture égale des pilotes qui seront en WRC l’an prochain. Et quand on voit le rythme avec lequel les règlements évoluent, je me dis que j’aurai peut-être ma chance dans un an ou deux. En attendant, je suis fier et heureux de pouvoir mettre mes compétences à la disposition de Renault. »

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