Interview  5 mai 2003

« Il serait difficile d’en demander plus ! »

Tu viens coup sur coup de remporter deux victoires en Championnat de France. Laquelle est la plus belle ?
« La victoire la plus savoureuse restera sans doute celle du Lyon-Charbonnières, car elle a concrétisé tout le travail mené depuis le début de la saison 2002. Mais le succès que je viens de décrocher à Auxerre est également très beau car conquis avec panache. Les deux courses se sont construites différemment ; toutefois j’ai toujours veillé à ne pas confondre vitesse et précipitation. Ce fût le cas à Lyon, lorsque nous étions en slicks sous la pluie ou ici, quand nous ouvrions la route le premier jour. A chaque fois, nous avons cherché à limiter les dégâts. »

Quels ont été les temps forts du week-end ?
« Ouvrant la route vendredi, je balayais la couche de poussière pour mes camarades. J’ai tout donné pour gommer autant que possible ce handicap. Il y a eu une averse juste avant la dernière spéciale et je suis passé en premier sur une grosse couche de boue. Dans de telles conditions, il y avait tout à perdre et j’ai pris le parti de ne pas faire de folies. Samedi, c’est mon équipier Brice Tirabassi qui ouvrait la route… et balayait pour moi. De mon côté, tout s’est bien passé et j’ai pu prendre la tête. Je me suis ménagé une avance d’une quinzaine de secondes. Dimanche, j’ai un peu trop assuré dans la première spéciale et mon équipier est revenu à une poignée de secondes. Nous avons fait jeu égal dans les derniers chronos et je me suis imposé avec 4’’4 d’avance. »

C’est la première fois que tu te bats pour la victoire face à un équipier. Est-ce que cela change quelque chose ?
« C’est véritablement un grand plaisir que de se battre face à quelqu’un qui dispose de la même voiture et des mêmes conditions matérielles. Dans notre équipe, les choses sont transparentes : j’ai accès aux réglages de Brice, qui peut également consulter les miens. Cette lutte à armes égales était passionnante. Cela dit, nous sommes deux pilotes professionnels et nous savions que nous ne pouvions pas faire n’importe quoi. Pour Renault, il était important que les deux voitures soient à l’arrivée… si possible aux deux premières places. »

Que penses-tu des consignes de course ?
« Je suis sous contrat avec un constructeur qui me paie pour bien faire mon travail. Si ses dirigeants m’imposaient des consignes pour atteindre leurs objectifs, je les appliquerais… qu’elles soient ou non à mon avantage. »

Ce week-end, l’équipe Renault ne vous a pas donné de consignes. Est-ce une bonne chose ?
« C’est tout à l’honneur de Renault que de nous faire accorder une telle confiance. Sachant que nous n’avions fait qu’un passage en reconnaissances, que le rythme était très élevé, nous aurions pu – l’un comme l’autre – commettre une erreur fatale. Malgré l’enjeu, le team nous a laissé gérer notre course et je suis, comme Brice, ravi de cet état d’esprit. C’est très bien de laisser les choses ouvertes à ce stade du Championnat. Plus tard dans la saison, peut être que les choses auraient été différentes. »

Tu parles beaucoup de l’importance de l’ordre de passage dans les spéciales. Les choses pourraient-elles être améliorées dans ce domaine ?
« Je dois tout d’abord souligner les efforts qui ont été faits pour professionnaliser le Championnat de France ces dernières années. On se rapproche de ce qui existe en Mondial avec des parcs d’assistance, un formatage standardisé… En Championnat du Monde, ce problème d’ordre de passage n’est résolu que depuis deux ans. Les pilotes passent dans l’ordre du Championnat le premier jour. Pour les deuxième et troisième étapes, le leader choisi son ordre de passage. Sur la terre, ça évite de balayer pour ceux qui suivent… Si nous appliquions ce système en France, ce serait intéressant pour les équipages car l’éthique sportive serait mieux respectée. Je pense que les spectateurs y trouveraient également leur compte, car ils assisteraient à un spectacle allant crescendo. »

Après les deux premiers rallyes, tu es solide leader du Championnat de France. Est-ce que cela change quelque chose dans ton approche des prochaines courses ?
« Il serait effectivement difficile d’en demander plus ! Après beaucoup de travail et de sacrifices, j’ai depuis quelques rallyes un taux de réussite sympathique… Les victoires n’arrivent jamais par hasard, mais si elles tiennent à peu de choses. Il est toujours bon de démarrer un Championnat par des victoires. Cette situation va peut être m’inciter à ne pas prendre de risques inutiles si je peux assurer des gros points. Sachant que je ne commencerai à penser sérieusement au Championnat qu’à la mi-saison. D’ici là, il peut se passer tellement de choses… »

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