Posts tagged ‘Jack Boyère’

Magazine  12 mars 2003

Les bonnes notes de Jack Boyère (3)

« Les notes sont prises sur un cahier spécifique à spirale d’environ 150 pages. Le format n’est pas trop grand pour gagner de la place et du poids. La spirale est démontable afin de pouvoir enlever ou insérer des pages, ce qui est très pratique quand une épreuve est modifiée d’une année sur l’autre. Le papier est d’une bonne qualité, de sorte à résister aux conditions difficiles d’utilisation : multiples consultations, poussière, pluie, chaleur…

Pour écrire, j’emploie une série de porte-mines calibrées à 0,99 mm. J’emploie une dureté moyenne HB. Plus dure, la mine n’offre pas assez de contraste. Plus grasse, elle a tendance à noircir les pages du cahier. Terminons par la gomme, de marque « Staedler ». Elles sont de mon avis de dessinateur industriel de formation les seules dignes de ce nom !

L’écriture des notes est quelque chose de propre à chaque copilote même s’il existe certaines similitudes. Cela consiste en une sorte de sténographie relatant les informations dont le pilote a besoin. La forme sous laquelle elle sont écrites doit permettre une lecture la plus claire possible en ne demandant aucun effort d’interprétation de la part du copilote. Des notes écrites par un copilote sont très souvent difficilement exploitables à 100% par un autre copilote.

Les notes sont donc écrites au crayon à papier dans des caractères assez gros pour une bonne relecture. On note environ entre 600 m et 1 km par page en fonction du profil des épreuves chronométrées. On a pour habitude d’écrire uniquement au recto de chaque page.

Chaque page est numérotée de manière progressive (bas de page) et dégressive (haut de page) de sorte à estimer, à tout moment lors du déroulement d’une épreuve, la distance restant à parcourir.

Il convient de ne pas finir une page par une note de virage très rapide suivie sur la page suivante par la note d’un virage lent. En effet dans ce cas on s’expose à ne pas avoir le temps de tourner la page avant d’aborder le virage lent. La sortie de route n’est pas loin ! Je prends soin également de noter les deux virages suivant la ligne d’arrivée de sorte à ne pas se faire piéger par ceux ci car l’arrivée est jugée lancée. »

Vous avez tout compris ? Alors entraînez-vous avec deux pages de vraies notes !

Magazine  6 mars 2003

Les bonnes notes de Jack Boyère (2)

« D’un virage à un autre, il y a… une ligne droite ! Les distances, exprimées en mètres, doivent être précises. Pour cela, nous utilisons un compteur kilométrique digital – le Coralba – en reconnaissances. Avec l’habitude, nous ne le regardons pas systématiquement pour les courtes distances. En course, Simon peut avoir recours à ce compteur en cas de brouillard. Il a un bouton sur le volant qui lui permet de le remettre à zéro en sortie de virage. Il sait ainsi précisément quand il doit freiner. A ce propos, les freinages très appuyés sont soulignés dans les notes par le mot ‘frein’.

Passons aux enchaînements, qui sont essentiels en rallye. Il est courant qu’un virage soit plus ou moins suivi d’un autre. Si Simon a le temps de remettre le volant droit un court instant entre les deux courbes, l’enchaînement sera noté ‘pour’. Par exemple, on peut avoir un ‘Gauche à fond frein pour droite 75+’. Si les deux virages sont l’un sur l’autre, on emploiera alors le mot ‘sur’. Si l’enchaînement est encore plus rapide, on passera à la note ‘dans’. Dans ce dernier cas, on peut insérer une note de distance pour attirer l’attention sur un gros ralentissement : ‘Droite à fond dans 50 mètres gauche épingle’.

En ce qui concerne le relief, les bosses viennent immédiatement à l’esprit. Pourtant, ce n’est pas une note très employée, à l’exception des bossent qui « jettent ». Il y a plus de ‘ciels’, qui sont des sommets de côte cachant la visibilité. La note ‘piège’ revient très souvent… et pour de multiples raisons. Simon l’utilise pour tout ce qui est caché par la végétation ou le relief. Il s’en sert également quand l’environnement naturel pourrait inciter à prendre une mauvaise direction.

Bien entendu, il nous arrive souvent de noter le revêtement de la route. Quand c’est glissant, c’est noté ‘pas bon’. On peut avoir des variantes, comme ‘sale’ quand le virage est sec, ou ‘gras’ quand c’est humide. Certaines parties peuvent aussi être notées ‘léger gravier’, voire ‘maxi gravier’ ! Et quand il n’y a que l’emplacement des roues qui est propre, on pourra employer ‘rail gravier’ ou ‘rail sale’.

Vous savez maintenant presque tout ! Le système de Simon est assez simple, c’est pour cela qu’il n’a pas besoin de beaucoup de passages en reconnaissances pour être performant. Si le passage de prise de notes se passe bien, il n’y a presque pas de corrections à apporter au deuxième tour. La physionomie actuelle des rallyes, qui tend à limiter les reconnaissances, est donc bien adaptée à Simon. Deux passages en Mondial lui conviennent très bien. En Championnat de France, nous avons droit à un troisième passage sur asphalte qui nous donne un petit confort. Nous corrigeons toujours quelques notes pendant les spéciales, ce qui est normal compte tenu de la différence de rythme. C’est pour cela que Simon est toujours très performant en début de rallye. »

Magazine  20 février 2003

Les bonnes notes de Jack Boyère (1)

« Cela peut paraître évident, mais il y a deux types de virages : les gauches et les droites ! Dans ce domaine, tout le monde est logé à la même enseigne. Mais la description des virages ne s’arrête heureusement pas là. Il faut savoir que les notes de Simon sont assez subjectives car il conduit beaucoup au feeling. Les notes sont là pour confirmer l’impression visuelle. Il s’agit d’une description du virage et pas de la vitesse à laquelle on doit l’aborder. En effet, la vitesse est fonction du revêtement, de la météo ou de la voiture utilisée, ce qui devient trop subjectif.

Nous utilisons sept variantes pour décrire l’angle du virage. Le plus serré est l’épingle, qui se négocie en première… et au frein à main ! Les autres variantes sont chiffrées : 50, 60, 72 – pour ne pas dire 70 et confondre avec 90 – 75, 80, 85 et 90. En fait, le 50 est une épingle sacrifiée. Les notes 60, 72, 75, 80, 85 et 90 pourraient être remplacées par les rapports de boîte : 1, 2, 3, 4, 5 et 6. A titre indicatif, un virage à angle droit est un 75. Dans cette échelle, il est également possible d’introduire des variantes avec des « + » : un 60+ se passent ainsi moins vite que des 72… Les carrefours sont mis en évidence en faisant précéder Droite ou Gauche de « A ». Un changement de direction à droite devient donc un « A droite ».

La note 90+ est délicate, car il s’agit de virages très rapides qui sont presque à fond. Dans ces conditions, le feeling de Simon prend une part encore plus importante. La note « à fond » est également particulière car on peut la rencontrer pour n’importe quel type de virage. Par exemple, si un virage de type 72 suit une épingle, il sera noté « à fond » puisque nous sortirons quasiment « arrêtés » du précédent virage.

Il faut ensuite décrire la longueur du virage. Si on ne précise rien, la courbe est d’une longueur standard. Si c’est « bref », cela veut dire qu’il n’y a qu’un coup de volant à donner. A l’inverse, on peut noter « moyen », « long », « très long » ou « très très long » ! Ces données complètent bien la valeur d’angle et elles sont très importantes pour la trajectoire à adopter. Autre chose très importante : le rayon de courbure du virage. Certains « ouvrent », d’autres « ferment » ou « referment ». Dans le dernier cas, cela veut dire que le rayon se resserre très rapidement.

Pour revenir aux trajectoires, on peut mentionner « extérieur », « tôt » ou « tard » en fonction du moment où on veut toucher la corde. S’il y a une pierre, un arbre ou autre chose à l’intérieur du virage, on le note « pas corde ». Si on roule légèrement dans le bas-côté, ce sera noté « petite corde ». On met franchement deux roues à l’intérieur si c’est noté « corde », voire les quatre roues si c’est « coupé ». A part les « pas corde », Simon ne cultive pas particulièrement ce type de note, il préfère laisser libre court à son instinct. Cela permet en outre d’alléger le système. »

Vous savez donc maintenant comment Simon et Jack décrivent les virages. Mais les notes ne s’arrêtent pas à cela. La semaine prochaine, nous verrons comment aborder les enchaînements, les lignes droites, les bosses…

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