7 août 2013

Hommage à Alphonse

24 juin 1960 -­ 7 août 1983

Ce 7 août 1983 promet d’être une belle fête en Martinique. Les nombreux passionnés de sport automobile se pressent pour assister au Grand Prix de la Martinique. Une course comme on n’en fait plus, et c’est sans doute tant mieux.

Plutôt habitués à disputer des rallyes ou des courses de côte, les pilotes vont affronter seuls à bord un circuit au tracé très rapide, qui emprunte des morceaux de routes nationales et départementales.

Pilote bourré de talent, Alphonse Jean-Joseph figure parmi les favoris de l’épreuve. Pour mettre toutes les chances de son côté, il a choisi de piloter une Porsche, bichonnée par Louis Meznarie, un des meilleurs préparateurs de 911 de l’époque.

Mais rien ne se passe comme prévu. Alors qu’il est en bagarre pour la tête, Alphonse perd le contrôle de sa voiture, qui vient s’encastrer dans un « ponceau ». Les normes de sécurité sont plus que sommaires et aucune protection ne vient absorber l’énergie avant le choc. La voiture s’embrase aussitôt.

Âgé de 14 ans, Simon Jean-Joseph est venu pour supporter son grand frère. Le drame se produit sous ses yeux impuissants. Malgré l’évidence, il ne peut, il ne veut pas croire à la pire des issues. Jusqu’à l’annonce de la terrible nouvelle, il espère en vain un miracle.

Trente ans plus tard, le souvenir de ce moment des plus douloureux est intact : « Nous partagions la passion du sport automobile tous ensemble, avec mon père Serge et mon frère Alphonse. Il était forcément mon idole et je n’ai pas choisi de faire du sport automobile pour le venger. Cette volonté était déjà solidement ancrée en moi. J’ai abordé ma carrière de façon totalement différente, avec l’objectif de devenir pilote professionnel. Malgré l’opposition farouche­ et légitime ­ de mes parents, j’ai réussi à trouver le moyen de disputer mes premières courses et à gravir les échelons. Je n’ai quasiment jamais parlé de ce moment tragique, cependant trente ans plus tard, il me semblait qu’il fallait rendre cet hommage à Alphonse. Le temps a passé, mais son souvenir reste intact. Je pense souvent à lui, et trente ans après, le 7 août reste un jour vraiment spécial. »

  10 mai 2013

Deux coqs dans la même basse-cour…

Vous avez sans doute un avis sur le déroulement du récent Grand Prix de Malaisie. Souvenez-vous : les deux Red Bull sont en tête, Mark Webber devant Sebastian Vettel. L’équipe demande à ses pilotes de figer les positions. Vettel accepte, avant d’attaquer et de passer Webber. Bonjour l’ambiance au sein de l’équipe à l’arrivée…

Vous comprenez peut-être le comportement de Vettel, triple Champion du Monde en titre qui estime qu’il n’a pas à se contenter d’une deuxième place. Vous soutenez peut-être Webber, qui s’est montré totalement loyal vis-à-vis de son équipe. Dans l’absolu, vous êtes certainement contre les consignes d’équipe, qui vont finalement à l’encontre du sport.

Je n’aime pas cela non plus, car ce n’est jamais juste de demander à des compétiteurs de cesser le combat. Mais c’est un mal nécessaire dans le sport professionnel, tant les enjeux et les intérêts sont importants.

Au cours de ma carrière, je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de vivre ce genre de situation. Mais cela me rappelle un épisode de la saison 2003. Je disputais le Championnat de France Super 1600 avec le Clio Team. J’avais pour équipier Brice Tirabassi, qui avait remporté le titre 2002 avec Oreca, équipe en charge du programme Renault pour cette nouvelle saison. Tout avait bien commencé pour moi. J’avais remporté les deux premières courses, le Rallye Lyon-Charbonnières et le Terre de l’Auxerrois.

Le troisième rendez-vous était le Rallye Alsace-Vosges. Nous nous étions bagarrés avec Brice tout au long des deux premières journées. Hugues de Chaunac avait alors décidé de figer les positions pour assurer le doublé, ce que nous avions tous deux accepté. Le dimanche, j’ai eu un problème technique qui m’a fait perdre un peu de temps et Brice est passé devant. L’équipe nous a demandé de reprendre nos positions, mais mon équipier a continué à attaquer et il a gagné. Autant vous dire que, là aussi, l’ambiance était plutôt glaciale sur le podium…

D’un côté, Brice avait ‘raison’. Si je gagnais les trois premiers rallyes, il pouvait faire une croix sur le titre et il aurait dû se mettre à mon service jusqu’à la fin de la saison. Mais d’un autre côté, il aurait clairement dû exprimer son désaccord. C’est par exemple ce qu’a fait Sébastien Loeb au Rallye du Mexique 2011, quand on lui demandait de rester derrière Sébastien Ogier.

Comme je le dis souvent, ‘la parole de l’homme vaut l’homme’. J’ai toujours mis un point d’honneur à respecter mes engagements et c’est la raison pour laquelle j’ai été très mécontent après cet épisode. Une équipe de course fonctionne comme une entreprise. Il y a un patron, une hiérarchie et il faut la respecter. Mais ce n’est pas toujours facile – voir possible – pour ceux qui ont des tempéraments de ‘winners’. En s’effaçant trop longtemps, des pilotes aussi talentueux que Dani Sordo ou Rubens Barrichello sont peut-être passés à côté de grandes carrières…

Hugues de Chaunac et Gilles Lallement ont déployé des trésors de diplomatie pour tenter de recoller les morceaux entre Brice et moi, mais les tensions ne se sont jamais apaisées. Il est toujours difficile de faire cohabiter deux coqs dans la même basse-cour ! La bagarre s’est poursuivie et j’ai été titré à l’issue du Rallye du Var. Quant à Brice, il a quitté l’équipe pour relever d’autres défis. Tout aussi ambitieux et rapide, Nicolas Bernardi a pris sa place en 2004. A nouveau, nous avons dû appliquer des consignes pour assurer des bons résultats au Clio Team. Mais cette fois, tout s’est bien passé. Comme quoi, c’est possible !

Et vous, comprenez-vous qu’on puisse désobéir aux consignes ? N’hésitez pas, poursuivez la discussion en commentant ce billet sur mon site ou sur ma page Facebook. Rendez-vous le mois prochain pour une nouvelle chronique !

  4 avril 2013

Je préfère le plancher des vaches !

Partis de Brest il y a un peu plus de deux semaines, les navigateurs de la Transat Bretagne-Martinique auront bientôt le port de Fort-de-France en vue. Comme beaucoup de monde, je me suis pris de passion pour cette course. Au-delà du courage et du travail de préparation nécessaires, il faut aussi une dose de folie pour affronter l’océan dans de telles conditions. J’ai plus particulièrement suivi la progression de notre compatriote Eric Baray, qui n’aura malheureusement pas connu une grande réussite cette année. Courage, souhaitons-lui plus de réussite pour la prochaine édition !

La voile est un sport qui me fascine. Mais pour tout vous dire, c’est surtout de la crainte que je ressens. Il y a une quinzaine d’années, j’avais eu la chance de naviguer avec Laurent Bourgnon, qui venait de remporter la Route du Rhum. J’avais été impressionné par le très haut niveau de technologie du bateau et par les vitesses atteintes avec peu de vent. C’était une expérience enrichissante, mais de là à rêver de traverser l’Atlantique sur une coque de matériaux composites… Je crois que l’éternel impatient que je suis aurait du mal à accepter d’être tributaire d’éléments immaitrisables.

Quand on nait sur une île, le bateau est pourtant un moyen de transport presque naturel. Mais je reste très humble face aux éléments. J’ai d’ailleurs une anecdote qui m’a marqué pour toujours. Je devais avoir cinq ou six ans, et j’étais parti avec mes parents pour une balade en mer. Le capitaine ne m’inspirait pas confiance, je le trouvais terrifiant avec sa grosse barbe ! Toujours est-il que le bateau a eu un problème de gouvernail, puis une panne de moteur. Sans radio, nous avons dérivé pendant plusieurs heures et nous devons notre salut à un pêcheur qui passait par là en fin de journée. Je ne souhaite l’expérience à personne…

Pour mes lointains ancêtres, la traversée de l’Atlantique est synonyme de souvenirs bien plus douloureux. Plus près de nous, mes parents sont toujours émerveillés lorsqu’ils évoquent les croisières effectuées à bord des paquebots Colombie ou France. Il fallait une dizaine de jours pour rallier l’Europe, mais il s’agissait d’un moyen de transport sûr et agréable, au contraire de la voie des airs. Survenu le 1er août 1948, l’accident d’un hydravion Latécoère parti de Fort-de-France avait dissuadé bien des passagers potentiels…

Puis le transport aérien s’est enfin démocratisé avec l’entrée en service de la Caravelle, bien avant l’A380 !

Tout comme je ne suis pas à l’aise sur un bateau, je n’aime guère prendre l’avion. Peut-être est-ce lié à un autre souvenir d’enfance, moins effrayant toutefois. A l’époque, on nous donnait au pied de l’avion un petit ‘doggy bag’ contenant une nourriture peu appétissante. Il fallait ensuite pique-niquer dans l’avion : je vous laisse imaginer le carnage et l’état de la cabine après le vol !

Plus sérieusement, c’est encore la sensation de ne pas maîtriser la machine que je n’aime pas. Il y a peu de chances pour que vous me trouviez assis à côté d’un hublot, je préfère être au milieu des autres passagers pour oublier que je suis en l’air. Je peux vous le dire : je préfère le plancher des vaches, sur deux pieds ou quatre roues !

Et vous, vous êtes plutôt bateau, avion ou auto ? Vous avez des souvenirs de voyages à me raconter ? N’hésitez pas, commentez ce billet sur mon site ou sur ma page Facebook. Rendez-vous le mois prochain pour une nouvelle chronique !

Chronique  3 mars 2013

Coup d’arrêt ou nouveau départ ?

Bonjour à tous ! Vous êtes nombreux à me demander de mes nouvelles sur ma page Facebook et c’est pourquoi j’ai décidé de tenir une chronique mensuelle. Les thèmes seront variés, même si le sport automobile aura la plus large place. N’hésitez pas à réagir et à me faire part des thèmes que vous voudriez que j’aborde !

Pour commencer, parlons du Championnat du Monde des Rallyes, qui va vivre dans quelques jours un événement dont on ne mesure pas encore toute la portée. Au Rallye du Mexique, pour la première fois depuis bien longtemps, Sébastien Loeb ne sera pas au départ d’une manche du WRC.

Que faut-il en penser ? Est-il dommage que Seb ait décidé de ne pas affronter Sébastien Ogier au cours de cette saison 2013 ? Je ne crois pas qu’il ait grand-chose à prouver après avoir mis à la retraite les Auriol, Sainz, McRae, Mäkinen et autres Grönholm… Le Championnat deviendra-t-il plus ouvert, et donc plus intéressant ? Peut-être, sauf si Seb Ogier s’empare immédiatement de la place laissée vacante… Au vu du Rallye de Suède, cela pourrait bien arriver !

Revenons à l’autre Seb, celui qui a accumulé neuf titres de Champion du Monde depuis 2004. Il le répète volontiers : il ne prend pas sa retraite, car il a déjà de nombreux projets qui le laisseront derrière le volant d’une voiture de course. Et c’est cela qui va tout changer.

Seb aura sans doute un pincement au cœur – même s’il ne l’avouera jamais – lorsque les prochains rallyes partiront sans lui, mais il oubliera aussitôt ce sentiment pour se concentrer sur ses nouveaux objectifs.

Nous n’avons pas fini de voir le nom de Sébastien Loeb sur les feuilles de classement. Quand il en aura terminé avec le circuit, je pense qu’il s’essaiera au rallye-raid. Il en a encore au moins pour dix ans !

Il m’est difficile de comparer cette situation avec l’arrêt de ma propre carrière. Lorsque j’ai eu mon problème en ski nautique, je me suis retrouvé confronté à une réalité à laquelle je n’étais absolument pas préparé. Quelques semaines plus tard, j’ai dû me rendre à l’évidence : ma carrière professionnelle était terminée.

J’ai été bien occupé par la suite, avec un poste passionnant chez Citroën Racing et Peugeot Sport. Malgré cela, ce n’était pas toujours facile à vivre. La compétition apporte des sensations tellement fortes que le reste en paraît fade. Quand on est immergé dans la course, avec toute l’équipe, qu’on se bat pour essayer de gagner, c’est vraiment exquis et incomparable.

J’ai ressenti une frustration pendant trois ans, jusqu’à ce que je reprenne le volant d’une voiture de course. En participant au Championnat de France des Rallyes sur Terre en 2011, j’ai retrouvé ces sensations uniques. Rien que d’en parler, j’ai envie de remonter dans une voiture de course pour revivre ces sensations. Je réfléchis d’ailleurs à quelques projets dans ce sens !

Je vais suivre avec beaucoup d’intérêt ce Rallye du Mexique. Qui sera le premier vainqueur de l’ère post-Loeb ? Sébastien Ogier ou un autre pilote ? Et vous, qu’en pensez-vous ?

  11 août 2012

Salut P’tit Bug…

C’est avec une émotion toute particulière que je viens d’apprendre la disparition de Philippe Bugalski. Nos chemins se sont souvent croisés, comme en 1998 où nous nous sommes battus pour le titre de Champion de France. Partageant la même passion, nous avions pris des directions similaires à la fin de nos carrières professionnelles. J’avais toujours beaucoup de plaisir à le retrouver sur les parcs d’assistance et je sais que cette nouvelle attriste la grande famille du rallye. La brutalité de sa disparition doit nous rappeler à quel point la vie mérite d’être croquée à pleines dents. Je pense en ce moment à sa famille, sa femme et ses filles en particulier, à ses collaborateurs et à ses nombreux amis. Salut l’artiste…
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